L'histoire du Père Jules

- C’est là-haut, dit-t-elle.

- Là-haut ! frissonna l’enfant.

Lorsqu’il passait devant les trois marches qui menaient au grenier, le Petit Jules tremblait. Il lui semblait entendre d’étranges craquements. Ils grimpèrent les escaliers. Sa mère sortit une grosse clef de son tablier et ouvrit la porte. La lune éclairait la pièce d’une faible lumière qui conférait à chaque objet une ombre inquiétante.

Elle ouvrit une malle, en sortit un grimoire et souffla dessus.

De la poussière s’éleva dans la lueur de la lucarne.

- Ferme les yeux et respire, murmura sa mère.

Le Petit Jules inhala longuement.

- Hum ! Ça sent le thym… le basilic…

L’enfant respira à nouveau et rajouta :

- … et la Gariguette !

La mère du Petit Jules ouvrit le livre.

- Regarde.

Des lettres dessinées à la plume s’étalaient sur la première page :

Les recettes du Père Jules.

- Désormais, il t’appartient.

- Waouh ! s’exclama le Petit Jules en prenant l’ouvrage dans ses mains.

Il tourna la page et lut à voix haute.

- Petits farcis à la provençale…

Puis, il continua :

- Hum, la brandade de morue, ma recette préférée !

- Oui, nos recettes nous viennent de ton arrière grand-père. Nous les revisitons et en inventons d’autres. Mais toujours avec des produits frais ! expliqua sa mère.

Puis d’une voix grave, imitant le vieux cuisinier, elle lança :

« Toutes les bonnes recettes ont le même ingrédient mon petit : l’authenticité ! »

Elle déplia alors un tablier sur lequel était brodé « Le Père Jules » et le passa au cou de l’enfant.

Ventre gonflé, menton relevé, le Petit Jules l’imita en riant :

« Toutes les bonnes recettes ont le même ingrédient : l’authenticité ! ».

La relève était assurée.